Burkina Faso: l’Union africaine fait pression sur le régime militaire

3 novembre 2014

Publié par Catherine MAIA

(Sur notre blog partenaire http://reseau-multipol.blogspot.fr)

 

Trop c’est trop pour les Burkinabés. Les 28 et 29 octobre 2014, des milliers d’entre eux exprimaient dans les rues de Ouagadougou leur refus de voir leur président, Blaise Compaoré, prolonger un règne déjà long de vingt-sept années, le faisant figurer en sixième position des présidents africains en terme de longévité.

L’ancien militaire putschiste de 63 ans entendait briguer un cinquième mandat en novembre 2015 et, pour parvenir à ses fins, modifier l’article 37 de la Constitution, qui l’en empêche. L’opposition craignait que cette modification de la Loi fondamentale permette à Blaise Compaoré de s’accrocher au pouvoir, et d’accomplir jusqu’à trois mandats supplémentaires, soit quinze ans de plus à la tête du pays.

PUTSCH ET AMENDEMENTS DE LA CONSTITUTION

Blaise Compaoré a longtemps tardé à dévoiler ce projet de « coup d’Etat constitutionnel ». Fidèle à sa réputation d’homme secret, le chef d’État burkinabé ne s’est jamais montré empressé de prendre sa retraite, se posant en garant de la stabilité de ce pays sahélien.

Né le 3 février 1951 à Ouagadougou, Blaise Compaoré a accédé à la plus haute marche du pouvoir à 36 ans, après un coup d’État qui lui a permis d’éliminer ses opposants. Au cours de ce putsch était également tué son frère d’armes et ami d’enfance, le capitaine Thomas Sankara, père de la «révolution démocratique et populaire», un héritage que Blaise Compaoré s’est vite chargé de reléguer au second plan, affichant sa volonté de tourner la page des années Sankara.

Il rétablit le multipartisme en 1991, ce qui ne l’empêcha pas de modifier l’article 37 de la Constitution six ans plus tard, pour pouvoir participer aux élections présidentielles. En 2000, l’article 37 de la Constitution était à nouveau amendé : le septennat devint quinquennat, renouvelable une fois. Au nom de la non-rétroactivité d’une révision de la Loi fondamentale, et au mépris de la Charte de l’Union africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de 2007, le Conseil constitutionnel autorisa la candidature de Blaise Compaoré en 2005.

En 2014, le scénario est autre. La vigueur de la contestation populaire a été telle qu’elle a contraint Blaise Compaoré à démissionner le 31 octobre, puis à prendre la fuite en direction de la Côte d’Ivoire où il s’est réfugié.

Depuis lors, c’est l’armée burkinabé qui a assis son pouvoir dans le pays. Les soldats du lieutenant-colonel Isaac Zida, un ancien responsable d’une unité militaire d’élite désigné par l’armée comme chef du régime de transition, ont pris le contrôle, dès le 2 novembre, de la radiotélévision nationale et de la place de la Nation à Ouagadougou, à coups de tirs de sommation et de gaz lacrymogène pour chasser les milliers de manifestants qui contestaient leur prise du pouvoir. S’il n’y a eu aucun affrontement avec les militaires, un homme est toutefois mort, victime d’une balle perdue.

TRANSITION « DANS UN CADRE CONSTITUTIONNEL »

Le 3 novembre au matin, le calme semblait revenu dans les rues de la capitale. Mais la situation reste explosive et susceptible de basculer à tout moment. Le nouvel homme fort du Burkina est très contesté par la rue et l’opposition – qui a le sentiment de s’être fait « confisquer » sa victoire par les militaires – et sous forte pression internationale : la communauté internationale a, en effet, largement condamné cette prise de pouvoir et exigé un retour à l’ordre constitutionnel.

Lors d’une rencontre avec le corps diplomatique dans la capitale le 3 novembre, le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis une transition « dans un cadre constitutionnel », laissant entrevoir qu’un civil – et non plus un militaire – pourrait prendre la tête de la transition : « Le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel (…). Cet organe de transition sera dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale ». « Nous ne sommes pas là pour usurper (…) le pouvoir », a-t-il ajouté. S’il n’a pas précisé de calendrier d’action devant les diplomates, il a souhaité un délai « le plus bref possible ».

L’Union africaine, quant à elle – réunie pour un Conseil de paix et de sécurité en Ethiopie – s’est chargée de fixer une date butoir, donnant quinze jours aux forces armées pour rendre le pouvoir aux civils, faute de quoi elle imposerait des sanctions.

CINQ QUESTIONS POUR COMPRENDRE LA SITUATION AU BURKINA FASO

Des manifestations, le départ du président au pouvoir depuis 27 ans, puis la prise en main du pays par l’armée. Depuis une semaine, les événements se succèdent au Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest peuplé par 17 millions d’habitants. Trois jours après la démission du président Blaise Compaoré, à la tête du pays depuis 1987, et deux jours après la nomination d’un militaire, Isaac Zida, pour mener la transition, la Situation est toujours confuse et tendue.

Pourquoi la situation-a-t-elle dégénérée ?

Les tensions ont commencé le 21 octobre, quand le gouvernement burkinabé a déposé un projet de loi visant à réviser l’article 37 de la Constitution. Objectif : porter le nombre de mandats présidentiels autorisés de deux à trois, pour que le chef d’Etat en place, Blaise Compaoré puisse se représenter en novembre 2015. Arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch, le président avait déjà fait modifier, à deux reprises, la Constitution, en 1997 et en 2000. La population descend en masse dans la rue, et les manifestations quotidiennes entraînent, le 31 octobre 2014, sa démission.

Quel est le bilan de ces manifestations ?

Le bilan des manifestations est lourd : une trentaine de personnes seraient mortes, et des dizaines d’autres auraient été blessées. La situation est toujours tendue : un civil est mort dimanche 2 novembre, après l’arrivée de manifestants à l’intérieur de la radio télévision nationale.

Qui est le nouvel homme fort du régime ?

Le nouvel homme fort du pays s’appelle Isaac Zida. C’est lui qui a été nommé, par l’armée, à la tête du régime de transition. Jusqu’à présent, ce lieutenant-colonel de 49 ans avait plutôt fait sa carrière dans l’ombre. Il était commandant en second du Régiment de sécurité présidentielle, qui assurait la sécurité de Blaise Compaoré. Titulaire d’un master en management international, il a fait ses études en France, à Lyon plus précisément.

Que va-t-il se passer maintenant ?

L’opposition accuse l’armée de lui avoir confisqué le pouvoir. Isaac Zida s’est engagé, dimanche 2 novembre, à conduire un processus de transition en concertation avec toutes les forces de la société du pays. Il n’en a pas, toutefois, préciser les modalités. La communauté internationale a d’ores et déjà mis en garde le nouveau régime. Après la démission du président, l’Union européenne a appelé à l’organisation d’élection „démocratiques, inclusives et transparentes“, tandis que l’Union africaine a donné, le 3 novembre, 15 jours aux militaires burkinabés pour restituer le pouvoir aux civils, sous peine de sanctions.

Où est le président déchu ?

Une fois sa démission annoncée, le 31 octobre, Blaise Compaoré a quitté le Burkina Faso. Après plusieurs heures de flottement, ses proches ont confirmé que le président déchu se trouvait en Côte d’Ivoire, plus précisément à Yamoussoukro, la capitale politique du pays. Il s’est installé, avec son épouse, dans une résidence d’Etat mise à disposition pour les hôtes étrangers.

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